De la véritable nature de Roland Barthes & Michel Foucault – Comparaison

Je relisais dernièrement Roland Barthes ; j’avoue ne pas avoir compris grand chose à sa prose abstraite et à l’intérêt de sa « nouvelle critique » (en la matière, je préfère la critique traditionnelle et à la même époque, celle de Jean-Pierre Richard en était un très beau renouvellement). A plusieurs reprises, j’ai été frappé par ce petit truc qui me rappelait le style si particulier, captieux et précis, précis jusqu’à la préciosité, de Michel Foucault.

Tentons une psychologie de ces deux personnages arrivés à peu près à la même époque.

Ce sont des mathématiciens du langage. Au fond d’eux-mêmes, ce sont des scientifiques mais leur volonté de science est profondément littéraire. Ils ont colonisés les sciences humaines en usant et abusant de méthodes propre à la science (pour Barthes) et aux techniques (pour Foucault).

A mon sens, ils représentent parfaitement les nouvelles générations de littéraire. Ce ne sont pas le fond des choses qui les intéressent comme chez les anciens rhétoriciens ou profs de lettres ; leur passion est scientifique, ce sont des entomologistes de la littérature et des sciences humaines.

Critique tout deux des bourgeois, ils représentent en vérité presque à la perfection les passions intellectuelles de la bourgeoisie française, scientifique et abstraite. Buffon peut être un de leurs ancêtres.

Ils aiment décortiquer, détricoter, vivisectionner le texte. Tous les professeurs d’université sont passionnés par cela, jusque dans la maniaquerie la plus totale. Avec ces derniers, un texte n’est plus un objet vivant, plastique et sensible ; c’est un cadavre qu’on dissèque jusqu’à l’obsession. Plus le moindre détail leur paraît significatif, plus ils vont au bout, sans en dégager par ailleurs la signification profonde. Pour eux, ce n’est plus l’ensemble qui explique les détails, c’est le contraire : les détails, les moindres minuscules détails, expliquent l’ensemble.

Leur passion ? Plus ils vont au moindre petit détail, plus cela les excite ! Leur motif fondamental, c’est l’abstraction ; plus il découvre d’abstractions, plus cela les rend fou.

Ce qu’il a de remarquable chez Barthes et Foucault, c’est l’abus de termes en « -ité » : « littérarité » pour Barthes ; chez Foucault, « gouvernementabilité ». Leur passion est scientifique, et en même temps déconstructionniste, à la manière presque américaine. Ce qu’ils aiment, ce qui les excite presque intimement, c’est le corps démembré, le corps disséminé, brûlé, attiré et atterré. Leur homosexualité n’est pas du tout étrange quand on pense à cela. C’est l’homosexualité latente et perverse des scientifiques, des médecins qui aiment le corps et les organes, mais qui masquent cela dans une objectivité, une objectivité instinctive chez eux. 

C’est aussi l’ambition scolaire poussée jusqu’au bout. Autre trait typiquement bourgeois. L’école nous rend mesquin, jusqu’au-boutiste et maniaque ; eux, ça ne les dérange pas. Chez Foucault et Barthes, la maniaquerie est poussée à son terme. Luchini, quand il lit le passablement ridicule « Fragment amoureux » exprime sans s’en rendre compte à la perfection cette sorte d’obsession maniaque du mot et du terme, absolument pas naturelle du tout.

Foucault et Barthes représentent les derniers types de la Préciosité française. Qui se réfugie dans la critique et la philosophie, faute de créer des œuvres littéraires. Chez eux, le « discours » (obsession de ce terme chez eux) est indépendant de tout et est une « énonciation » (autre tarte à la crème écœurante des études littéraires). Tout le réel n’est que discours d’énonciation ; rien n’existe d’autres que le discours.

Ce faisant, il révèle leur vraie nature, qui est celui que les philosophes grecs appelaient les « sophistes ». Selon ces derniers, seuls les discours avaient une importance. « L’homme est la mesure des choses » disait un sophiste grec, autrement dit, la parole d’un homme définit la réalité, fait la réalité. Foucault et Barthes (mais aussi toute la cohorte innombrables des petits et grands intellectuels français de cette époque, celle notamment qui a vu son heure de gloire dans les années 60, 70 et 80) ne croit qu’au discours. Ce terme est, chez eux, synonyme de « réalité ». On a ainsi chez eux, l’impression de ne toucher à rien de réel, à rien de tangible. Ces intellectuels étaient des maîtres dans l’abstraction et donc dans le sophisme et l’influence toute spéciale et extrêmement addictive qu’a cette forme de pensée sur un public naïf qui était celui des baby boomers.

En parlant, en professant (de manière souvent extrêmement originale, il faut le leur reconnaître), ils pensaient définir et faire la réalité. Oublier cela, comme une de leurs très profondes arrière-pensées, ce serait les méconnaître. Un des intellectuels les plus représentatifs de cette tendance de l’époque est évidemment le psychanalyste dingo et mégalo Jacques Lacan. Il façonnait ses cours en discutant librement, en associant ses pensées et était un véritable gourou pour tout un public de jeunes brebis étudiantes.

Ainsi, ils falsifient et trompent. Et, en outre, tiennent un langage compliqué qui, quand on y regarde bien, ne se rapporte à très peu de choses concrètes, véritablement concrètes (on retrouve cela chez un de leurs maîtres : Maurice Blanchot).

Ils ont trompé ainsi les littéraires par leurs termes, leur jargon et leurs néologismes. Chez eux, la critique et la philosophie n’est plus vivante ; elle n’est que le motif à abstractions.

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