Nietzsche anti-conservateur, vraiment ?

Il est souvent écrit sous la plume des exégètes du philosophe que Nietzsche est tout le contraire d’un conservateur, qu’il ne pensait que le devenir, que le flux, que ce qui advient. C’est un peu réduire sa philosophie au libéralisme-libertaire d’aujourd’hui, dans laquelle nos exégètes aiment à se reconnaître et à y reconnaître les grands penseurs.

Souvent, advient sous la plume de Nietzsche l’idée-force que les castes conservatrices sont les vraies matrices du génie individuel. C’est le long travail, inconscient et instinctif, d’une race (au sens très précis de lignée) qui détermine au bout une sorte de floraison d’individus singuliers sur le plan du génie artistique, virtuoses et géniaux. Pour Nietzsche, c’est le génie proprement humain, celui qui force sa propre nature, par sa discipline.

Nietzsche expose d’ailleurs clairement qu’un des buts premiers de la vie, c’est la venue sur Terre des génies artistiques, sans quoi la vie serait triste, et sans quoi nous péririons de la vérité.

C’est pourquoi il fait l’éloge de l’oisiveté pour ces grands génies. Au sens d’absence de travail d’esclaves. Ces grands génies auront bien sûr leur propre discipline, mais ne seront jamais contraint par un travail dégradant.

A l’opposé, il existe des passages de l’oeuvre nietzschéenne où ce dernier critique fortement la caste artistique, décadente, responsable selon lui de l’avilissement des moeurs et de sa paresse (reproche d’inspiration typiquement platonique).

S’il fallait donc y voir une contradiction, je pense que Nietzsche désigne par là, de manière non explicite, les artistes chez qui le travail instinctif des ancêtres ne s’est pas fait assez fort, ce qui provoque chez eux une paresse, un don de mensonge sur eux-même et une sorte de facilité sotte qui n’est pas du tout la marque du génie mais celle de l’usurpateur.

Le véritable génie ne peut donc naître que dans les castes disciplinaires (pour reprendre un terme de Foucault), chez qui un impitoyable travail s’est fait jour.

On peut être à la fois d’accord et en désaccord avec cela. La vision de l’art que prône Nietzsche est assez classique, c’est celle de son temps : en effet, l’art de son époque demande une discipline affichée, minutieuse de bout en bout. Il n’en est plus de même aujourd’hui, au moins depuis les révolutions culturelles des années 60 où l’influence libertaire est dominante et a, il faut le dire, permis de créer d’innombrables chefs d’oeuvres dans beaucoup de nouvelles musiques, de nouveaux arts, chefs d’oeuvres qui révèlent une nouvelle psyché, opposé à l’esthétique classique.

La question que l’on peut se poser finalement, c’est : cette nouvelle esthétique, libertaire en son essence, n’est-elle pas en train de s’essouffler ? Est-ce que le temps d’une nouvelle forme de classicisme, qui se construirait par étapes successives, à la manière d’une architecture et d’une fondation n’est pas nécessaire ?

Comment reconstruire après un déconstruction aussi radicale et profonde ? Mystère.

Et sur quelles bases ?

nietzsche-miroir-inverse

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