Une caractéristique des sociétés anglo-saxonne, et notamment des USA

Longtemps, j’ai cherché à comprendre pourquoi les USA et l’Angleterre (leur parent) était cette société qui nous fascine tous (à tort ou à raison). Je voulais chercher le terme exact pour caractériser cela.

Eh bien, la clé de la compréhension des sociétés type USA et de l’Angleterre, c’est l’exhibitionnisme (et, par conséquent, aussi le voyeurisme). On ne comprends rien à leur mentalité tant qu’on n’a pas compris cela.

Dès l’origine, on retrouve ce goût – lequel dépend d’une grande envie de liberté de moeurs, doublé d’une duplicité dans l’affichage de ses moeurs. L’Angleterre est le créateur de l’Habeas Corpus, première constitution moderne libératrice. On est aussi étonné en tant que latin et français de lire dans Shakespeare cette liberté folle de ton et de moeurs dans ses pièces, alors qu’il est censé représenté une société aristocratique élisabéthaine marquée par le gallicanisme, ce protestantisme anglais.

N’est-ce pas aussi ce qu’on retrouve en filigrane dans les grands romans psychologiques et sentimentaux anglais, de Barry Lindon à Orgueils et Préjugés ?

Comment le caractériser ? A la fois, cette envie de masquer les désirs, et, dans le même temps, l’envie contraire, l’envie de passions fortes. Duplicité fondamentale, qui mène fatalement à l’exhibitionnisme, c’est-à-dire à l’impudicité et à la nudité des moeurs, à la transgression folle.

Ce qui frappe chez les Anglais et Américains, c’est cette double envie. Et ce mode de vie, qui mène à la violence – mais qui est un piment évident de ces sociétés. Il n’est que de voir les sites web des tabloïds anglais : on y voit les chairs minces et tendues des stars anglaises affichées sans pudeurs. En tant que français et latin, on est comme gêné par cette affichage et ses chairs coupés au cordon, à la fois émaciés et terriblement sexy, différentes de nos beautés célèbres latines lascives finalement assez pudiques (au sens non hypocrite du terme) si on les compare à leur cousines du Nord. Les tabloïds anglais affichent sans vergogne des people ou des gens du peuple concernés par une affaire judiciaire ou criminelle, victimes de violence ; ils les exhibent pour que la société soit excité, dominé par son émotion réactive.

Les deux sont nécessairement corrélatifs : plus vous vous exhibez, plus vous attirez la violence du désir, plus vous faîtes de jaloux.Il suffit de lire René Girard et ses théories sur les rivalités mimétiques, et rivalités du désir pour comprendre cela. Les sociétés anglaises, folles de sexe et de désirs pulsionnels, sont condamnés à être des sociétés violentes. Le cinéma américain, avec ces innombrables thrillers et films d’actions sanglants, est un bon reflet de ce mode de vie dangereux et si tentateur.

Dès lors, on comprends l’omniprésence de la pornographie et sa codification. L’exhibitionnisme doublée de la tentation du contraire (du repli, typiquement protestant) crée des refoulements, que les pornographes et pornocrates cherchent à dénouer et satisfaire. A la fois on a envie de sexe, et on n’en a pas envie, la société devient folle, d’où le côté mécanique du sexe pornographique. Il faut faire l’amour non parce qu’on en a vraiment envie ou livré par un désir fort, mais parce que l’exhibitionnisme, l’affichage sexy des corps et de toutes les pulsions (sociabilité totalement extra-vertie des sociétés anglo-saxonnes, contrastant avec la relative timidité française) mène obligatoirement à ce qu’on couche ensemble. L’absence de vraie érotisme de cette pornographie de masse est frappante.

De la vulgarité américaine, à l’omniprésence du sexe, à la fascination pour les grandes stars et les potins, en passant par le business et l’exhibition de l’argent, les grandes propriétés bien kitsch et clinquante (parce qu’il faut montrer sa richesse), en passant par la musique mainstream, tout découle de ce mode de vie. Notamment le hip-hop US qui est non pas une contre-culture, mais bien au contraire le sommet, summum absolu de l’exhibitionnisme (c’est-à-dire exhibitionnisme dans la parole même, le rap étant une forme rapide de rhétorique). Le hip-hop US n’est pas une contre-culture, c’est la forme d’art superlative de l’exhibitionnisme. C’est-à-dire bien plus loin que l’absence de pudeur, mais le déballage total ! (Les rappeurs ne cherchent rarement à lutter contre le système ; tout comme le W.A.S.P. classique et friqué, il cherche ce que ce dernier recherche au bout du compte.)

Au final, ce phénomène explique aussi bien la vitalité américaine que sa formidable capacité à être une société déréglée et violente. Dans la mesure où tout est exhibée, donc tous les désirs y sont également exhibés, il y a alors d’énormes rivalités mimétiques et donc violence. Des tueries de Columbine jusqu’aux assassinats des serial killers, tout, à mon avis, a une base lié à ce problème de société, qui fait qu’elle est ouverte sur tout, et donc dangereusement sans carapaces protectrices.

Enfin, il est frappant d’observer à quel point, dans les séries américaines, les personnages sont proches physiquement, et socialement, et se parlent avec un facilité peu commune en Europe. L’hyper-sociabilité américaine crée un exhibitionnisme, elle est vitale aux USA et elle fascine le mode entier. On a, en outre, l’exemple des télé-réalités, une invention américaine qui résume absolument ce goût anglo-saxon américain pour le voyeurisme et l’exhibitionnisme : voyeurisme du téléspectateur, qui veut des corps de jeunes superficiels exhibés, et exhibitionnisme des candidats jusqu’au moindre degré de la vie communautaire.

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