Heurs et malheurs d’un adolescent américain moderne. Les Sopranos (saison 3-4-5)

Le personnage d’A.J. Simpson incarne dans les Sopranos l’adolescent moderne, américain mais aussi plus largement occidental. Cet adolescent manque totalement de repères, il est jeté dans une vie incohérente, où son père lui ment sur sa vraie identité, où sa mère est une femme au foyer discrète et sans histoires.

A.J. est secrètement nihiliste. Il écoute du métal et d’autres musiques bruyantes. Il n’a pas la joie de vivre de sa soeur, la mignonne, fine et intelligente Meadow Soprano. A.J. est un simple adolescent américain qui joue aux jeux vidéos sans faire sérieusement ses devoirs, et de toute façon n’y comprends rien.

Il s’empiffre avec son père d’aliments gras, moyens de compenser sa dépression adolescente qui va grandir au fur et à mesure que la série avance. Il est mauvais à l’école, et n’est bon qu’en sport. Il est une personnalité adolescente assez méchante (c.f. la scène avec les deux enfants Baccala, auxquels A.J. fait subir toutes sortes de méchanceté, dont une fausse séance de spiritisme où il fait peur aux enfants en faisant croire à l’apparition de la mère défunte des deux enfants) ; il est assez américain, il représente bien l’anglo-saxon. En effet, il y a une sorte de laissez-allez dans cette éducation qui est propre au milieu populaire américain. Car, en effet, les Sopranos sont des parvenus : ils vont tentés par tous les moyens de donner une éducation haute et verticale à cet enfant, en vain. Car l’hérédité ne ment pas, comme le prouve les crises d’angoisses subites du gamin, les mêmes que celle de son père.

A.J. va également passer par toutes les étapes de l’adolescent : il va, avec ces amis, détruire une vitrine de sport pour le plaisir et connaître les plaisirs de la transgression.

Qui n’a jamais fait cela au collège où la jouissance passe par jouir de la destruction, ce qui entraîne bien des situations extrêmes et inextricables ? Comment ne pas voir, à travers le personnage d’A.J. que sa personnalité se construit là ?

Avec ce personnage, l’on comprends que l’adolescence est la vraie période de construction de la personnalité. C’est pourquoi elle est si précieuse et devrait être mieux encadré !

Tony et sa femme vont vouloir qu’il intègre un établissement militaire. Situation bien trop extrême pour un gosse dont ce n’est pas la vocation. Tony finira par confesser à la psychanalyste freudienne que A.J. n’a pas la vocation pour le remplacer. Triste constat : le clan mafieux italo-américain, qui repose sur la famille et la perpétuation des valeurs de combat et de lutte, ne peut se perpétuer car le fils n’est pas assez fort, on ne sent pas en lui de ressorts de combats. Qu’en dira la fin de la série ?

D’un point de vue globale, ces exemples soulèvent bien la situation nouvelle de l’adolescent et des parents d’aujourd’hui. En effet, ces derniers ont peur du chaos que représente l’enfant, l’adolescent. En retour, l’adolescent fait sa crise et devient chaotique par volonté et par rébellion. Ce qui manque aujourd’hui, et ce qui a manqué à la famille représenté par Tony Soprano, c’est un élément vivifiant et émulateur, un cap, une destinée. Mais également une vraie stabilité existentielle qui est celle d’une famille véritablement forte, ancrée dans la réalité et fortifiée par la vie.

Une famille, un clan, une société ne peuvent pas continuer à se développer si une espérance, un projet n’apparaît pas clairement sous leurs yeux. Jamais les parents de A.J. et de Meadow ne vont clairement afficher le but qu’ils se donnent, collectivement. Ils vont vivoter et ne cessent de s’empiffrer (la bedaine de Tony Soprano n’a rien de surprenante au vu de la bouffe quotidienne qu’il ingère).

Ces non-dits familiaux, qui vont éclater lors du divorce de la famille, sont précisément la cause de l’éclatement familiale. Quand un cap n’est pas fixé, et quand ce cap est seulement de l’arbitraire et non celui de l’amour, de la compréhension et du développement intelligent, quand ce cap est, comme chez les Sopranos, dicté purement par la société (« Tu dois te comporter comme cela parce que c’est ainsi, et pas autrement. Tu dois te comporter comme cela parce que la société fonctionne ainsi »), les adolescents, rugissant de vitalité et de volonté de sens profond de leurs actes, ne comprennent plus cet arbitraire et deviennent rebelles.

C’est alors qu’apparaît un phénomène qui est la crise d’adolescence, qui est, profondément et structurellement, une crise nihiliste et de nature profondément chaotique. Toute la question, que devra résoudre A.J. Simpson, sera celle du dépassement de cette crise d’adolescence pour devenir un homme, pour devenir un jeune adulte, sûr de lui-même et de ses capacités. Il devra cesser d’être influençable, comme le sont trop de jeunes adolescents choisissant des voies qui ne les mènent que dans des impasses et oubliant la volonté de leur être profond.

a-j-simpson

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