La psychanalyse dans les Sopranos – Réflexion

Freud croyait résoudre les désordres psychiques. En vérité, toutes ses découvertes révèlent surtout ses propres névroses et obsessions sexuelles (lui-même était plutôt pervers comme le révèle avec fracas et talent pédagogique imparable Michel Onfray dans son essai retentissant sur l’idole Freud).

Ses théories farfelues ont contribué à développer en Occident, là où la psychanalyse avait force d’autorité, les névroses. Lui et ses collègues seront obsédés par la chose sexuelle, ne cessant de l’intellectualiser, de le triturer, d’en faire du pâtée intellectuel souvent illisible. La France a notamment été le terrain de jeu favori de ces gens très sérieux et impudiques.

Cela a perpétué, a maintenu par l’obsession de la discussion libre, interminable, inlassable et insoluble, par le silence psychanalytique, les névroses sexuelles et comportementales. Le patient n’est pas amené à résoudre par sa volonté et à oublier, tel qu’en un phénomène de résilience ou de pleine conscience, mis en avant par un Cyrulnik ou un Christophe André. La personne remâche ses souvenirs jusqu’à plus soif, dans un rapport malsain et pervers avec l’analyste, qui profite de cette situation dans une position d’autorité paresseuse. 

Dans les Sopranos, la psychanalyste, froide et frigide, incarnée superbement par la sublime panthère Lorraine Braco (déjà mémorable dans « Les Affranchis » de Martin Scorsese), ne cessera de jouer ce jeu dans lequel Tony Soprano s’insère avec une difficulté qui n’est que le réflexe du bon sens envers les aberrations que lui sort cette psy qui fixe son patient tel un objet médical froid, obsédée qu’elle est par les problèmes intimes intra-familiaux. En vérité, il fallait à Tony Soprano, homme du commun, une thérapie rapide lui permettant de dépasser ses mauvaises pulsions, c’est-à-dire de les détourner (comme le propose donc les thérapies alternatives qu’on rencontre aujourd’hui contre la psychanalyse). Sa famille n’a rien de vraiment problématique, c’est une famille normale qui rencontre juste un problème de volonté typique des familles modernes. N’a-t-on pas assez observer que c’est l’obsession du recours au psy, permanente dans la série, qui va créer la perte de charisme, la perte de repères, la perte de valeurs dans la famille ?

N’est-ce pas ce recours au psy initial qui fait que Tony est moins respecté par son clan mafieux ? N’est-ce pas ce recours au psy qui provoquera le divorce avec sa femme ? N’est-ce pas ce recours au psy freudien qui provoque chez les enfants un amoindrissement du respect et de l’autorité naturelle qu’il devrait ressentir pour leur père ?

A partir du moment où la famille et les autres savent qu’Anthony Soprano voit un psy, il n’est plus incarné, n’est plus respecté, et tout part en quenouille.

Plus globalement, on peut dire que la psychanalyse (freudienne, jungienne, etc), en s’insérant dans l’intimité des familles, en forçant à tout révéler sur la place publique qu’est le divan, n’arrange en vérité rien, et même contribue à aggraver les différents. Car alors tout est mis en pleine lumière et plus rien n’est caché. La pudeur entre membres de la famille n’est plus la loi, c’est ainsi que le désordre naît.

Le scénario de la série, finalement assez peu linéaire, achoppe constamment sur ces scènes chez le psy, qu’on ressent comme répétitive, inutile, et finalement énervante. Pour tout dire, on préférerait voir Tony en train de cambrioler une maison ou de commettre une assassinat d’un ennemi en lieu et place de ses gonflantes scènes sans objectif clair.

Mais n’est-ce pas un rapport intime et donc sexuelle que veut obtenir le Dr. Melfi, elle qui fantasme sur Tony et qui rencontre des difficultés amoureuses dans ses vies de couple, divorcée et plus ou moins célibataire endurcie (puis violée par un délinquant dans une scène assez effarante de violence gratuite) ? Ceci éclaire finalement encore les troubles intimes de la sexualité des tenants et participants de la psychanalyse. Qui est le plus profondément névrosé entre le brut Soprano, à l’aise partout, juste très susceptible et irascible (combien d’hommes ne sont pas comme cela ?) et la frigide, stricte Melfi qui cache bien des choses sous ses apparences de femme accomplie ?

soprano-melfi

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