Images antiques à travers la poésie du Parnasse français. 1) Henry Mériot

AVE CAESAR

A Jules Bourrand

Fauves, nus ou casqués, ayant au poing le glaive

Ou le large épervier et le trident d’airain,

Les fiers gladiateurs rentrent, le front serein,

Dans le cirque où, féroce, une clameur s’élève.

Et le peuple est joyeux, car son attente est brève.-

Farouche sous le ciel, un couple surhumain

Se tord, et le vaincu roule, étendant la main,

Vers le groupe sanglant des Vestales, qui rêve.

Mais le sang coule à flots ; des hommes égorgés

Meurent, environnés de parfums légers

Des femmes ; dans l’air lourd l’essaim des mouches rôde;

Tandis que sous la pourpre et se grisant d’horreur,

César Caligula, le sinistre Empereur,

Fou, regarde à travers une grosse émeraude.

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***

LE VIEUX FAUNE

A mon bon camarade Charles Baillet

Voici venir Avril, l’Aegipan se réveille

Aux rustiques refrains des pâtres d’alentour ;

Il écoute, pensif, le coeur gonflé d’amour,

De très vieux opéras vibrer à son oreille.

Le Soleil a séché de ses riches rayons

Les larmes que l’hiver mit dans ses yeux de pierre ;

La Nature pour lui n’eut jamais un mystère ;

Les fleurs l’ont recouvert de leurs brillants paillons.

Tout un passé riant surgit à sa mémoire…

Seul hôte à tout jamais du parc abandonné,

Il raconte parfois au bouvreuil étonné

Qui l’écoute, attentif, sa curieuse histoire.

Il redit le bon temps où, les cheveux poudrés,

Soulevant le manteau du bout de leurs rapières,

Les Don Juans du grand siècle, aux divinités fières,

Offraient à deux genoux leurs madrigaux ambrés.

Combien il entendit sous les frêles cytises

De serments éternels qui durèrent un jour !

Mais les Lauzuns musqués sont morts avec l’Amour;-

Les bois ne diront plus le chant des Cydalises.

O les bergers mignons dont les pipeaux brisés

Sous les grands genêts d’or ne se font plus entendre !

Les voyages à deux au bleu Pays du Tendre,

Et les doctes pédants de leur morgue empesés !

Plus rien ! – Que les baisers de la brise nocturne.

Le Vieux Faune se sent le coeur amer, il a

Le mal du souvenir qui l’obsède ; voilà

Pourquoi son oeil moqueur est souvent taciturne.

Mais les fleurs au printemps lui tressent des bandeaux ;

Les églantiers pour lui vont se couvrir de roses ;

Son Livre est la Nature ; il en comprend les choses,

Et préside parfois les concerts des oiseaux.

Car nul ne se souvient en ce siècle où nous sommes ;

Lui seul reste fidèle, à sa gaîne attaché. –

Il m’a dit un jour que vers lui j’étais penché :

Je sais bien ce que vaut la constance des hommes…

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Henry MériotLes Flutes de Jade, Paris, A. Lemerre, 1890.

Préface de Joséphin Péladan – Ouvrage couronné par l’Académie des Muses Santones

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