Le style de César, extrait du dialogue fameux entre Rutilus et Christus

Discours II – Du style de César

– Christus, relis Caesar ! Sa guerre des Gaules est, par excellence, un exemple de style inégalé.

Les faits, rien que les faits, et au-dessus, le grand arbitre des faits, César, à la troisième personne. N’est-ce pas là, au-dessus de toute emphase, le plus grand style littéraire jamais atteint ?

Réfléchissons à la manière dont notre noble conquérant s’y est pris. Maîtrisant parfaitement toute la situation, comme un homme en pleine possession de ses moyens, intellectuel, militaire, stratégique, il a mené de bout en bout une entreprise souveraine où il a su, comme qui dirait, ménager ses adversaires pour, ensuite, leur apporter le coup fatal quand ceux-ci étaient trop enragés pour se laisser berner. Guerre de grand style. Bonhommie militaire que seul les plus grands posséderont ! Tranquillité de la domination, domination de soi comme des autres. L’on commande parce qu’on est sûr du résultat, et que l’on sait que lorsque la situation se complique, on fait en sorte de pousser les choses dans notre sens, comme l’on rétablirait le poids d’une balance en notre faveur en plaçant un poids un peu plus lourd.

Toute son action, l’action des autres belligérants, tout est cartographié. Ainsi, si l’on devait traduire ce livre, ce serait par des cartes.

Le style est tellement simple et humble qu’il est la définition même de la pompe césarienne. « Rien de trop »… n’est-ce pas, comme dit le stoïcien ? Mais stoïcisme allègre, préservé par la mesure des choses, et plein de la mesure de soi-même et des choses.

Lecteurs de la Guerre des Gaules, vous n’aurez droit qu’aux faits, pour ainsi dire, mûris instantanément, et lâchés dans le cours de la phrase. Qualité maîtresse d’un historien, la plus honnête qu’il y ait eu parmi toute la gente historiographe.

« Sec et économe » comme le dit un écrivain romain, le résultat de chaque action est noté. César arrive naturellement à ce que son action s’achève, se dénoue, se détende. Immédiateté de l’action, peu d’hésitation, sûreté de la prise de décision.

Christus, les parties qui décrivent les peuples ne sont là que comme délassement pour instruire et distraire le lecteur en le faisant contempler des peuples d’une autre race que les Romains. Toujours transparaît la facture honnête de la description, la hiérarchie des informations.

Le regard d’aigle de César se perçoit aussi. L’impression que donne son livre, c’est un regard surplombant, comme s’il voyait à l’avance les coups, comme s’il prévoyait les ennuis. On vole d’une bataille à l’autre, comme les oiseaux se posent de branches en branches. Les légions parcourent les plaines et vallons avec rapidité, poussés par l’intrépidité de leur chef.

César agit de la même façon que le sage laissant éclater l’esclandre qui l’entoure comme un nuage mauvais, et intervenant au moment adéquate pour s’imposer, souffler le vent mauvais qui l’entourait. Ainsi, aucune considération sentimentale ne viennent relâcher son action, seul l’humble sourire pénétrant du gentilhomme lui achève de donner sa version, son humanité complète, son humanitas.

(…)

Statut-Jules-Cesar-jardin-tuileries-paris

Statut de Jules César, Jardin des Tuileries

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