Une vie ?

La vie rugit sous les fers qui la compriment. Comme les plantes sous le bitume, elle s’élève d’autant plus fortement, elle veut sa conservation avec rage.

Son élévation croît dans la mesure où elle est inconsciente.

Si elle se rappelle à toi, elle jaillit comme une flèche, portée par le destin sur la cible !

Ta vie ? Longtemps, obscurément obstruée, par, au hasard, des parents tyranniques, une vie scolaire harassante et débilitante, des gens étrangers à toi et oppressants, une quotidienneté sans fin ni fond… cette vie, pourtant, rugit en toi, se soulève d’indignation, palabre avec encore plus de force que si tu l’avais laissé aller à son cours sans réfléchir.

Une vie laissée longtemps monotone est comme un champ en jachères. A la fin, quand revient l’élan, la fécondation, elle pousse, elle s’élance avec un jaillissement impossible à calculer, avec une ardeur sans frein.

La vie, c’est elle qui t’ordonne de t’amuser aux heures d’euphorie, c’est elle qui te rend vide quand tu as paressé trop longtemps pour te montrer qu’elle s’acquiert et ne s’attend pas, c’est encore elle qui te supplicie quand tu la regarde trop et te rend trop nostalgique d’un passé qui te hante. C’est elle qui te met en rage quand quelque chose te contrarie, parce qu’elle obscurcit ta conscience blessée.

L’école a comprimé jusqu’à l’obsession tes facultés, tes ressorts vitaux. Enfant intelligent et plein d’éveil, elle te force à côtoyer des brutes, des débiles, des faux amis, des êtres sans idéal autre que leur propre plaisir puéril.

Le plaisir que tu avais enfant, au seuil de la vie adulte, se dissipe, et tu passe ton temps par des drogues, des substituts culturels à tenter de retrouver vainement et trop rarement la joie pure d’exister, l’effort sans peine ni douleur que tu ressentais alors dans ta volonté d’enfant éveillé.

Toutes sortes de tyrannies, impersonnelles comme elles le sont profondément, t’ont tiraillé les côtes, rongé le ventre, abrutit la cervelle. Toutes ces tyrannies ne t’ont pas mené à toi, loin de là… Plus tu les acceptais, plus tu perdais le fil de ton destin.

Mais tu croyais ta vie perdue. Pourtant, elle se rappelle à toi, sans cesse. Elle te pousse en avant, elle te dicte tes paroles et gestes quotidiens, malgré toi. Elle te force à émettre jugements qui indiquent le poids et la balance de ta morale et de tes préférences.

Elle agit souterrainement, comme un volcan, comme une source d’eau miraculeuse cachée par des flancs de rocher. Elle agit aussi comme un miroir invisible qui, tout en reflétant ton image, se mire en toi comme une seconde personnalité.

Elle est ce mystère qui t’a fait naître et te fera mourir.

Elle jalonne comme des dalles sur une route accidentée tes futures conquêtes.

Tu ne sais pas ce qu’est la vie, mais elle se rappelle à toi. Elle gît en toi.

Tu voudrais la contrôler, mais elle te contrôle avant tout, t’indiquant une désinvolture qu’il est bon d’adopter quand la douleur est trop forte.

Ta vie, enfin, rugit en toi comme un animal inconscient, seul à avoir sur son compte un désir propre à son être.

C’est elle qui te rappelle aux buts élevées que tu t’es fixé, dans le grand secret de ton âme. Comprendre, embellir, faire avancer les choses. C’est elle qui te dit que le progrès existe et que chaque homme doit faire son oeuvre.

C’est elle qui te rassure quand tu as enfin compris une vérité longtemps obscure.

Ta vie est en toi, précieusement gardée, polie par la douceur, éreintée par les épreuves, blessée par la rancœur, mais comme une pierre précieuse, fixée à toi, comme cette dernière l’est à la terre qui l’encastre.

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