Philosophie du burger

Les burgers apparaissent comme l’objet de civilisation gastronomique actuelle. Sa manducation est aisée. Nous l’ingérons facilement, et ressentons une bonne chaleur dans nos ventres, comme si l’arrondi du burger correspondait aux arrondis des énergies sacrées de nos ventres.

Le burger satisfait facilement notre faim.

C’est une conquête des Etats-Unis sur la gastronomie française, qui risque de rendre addict les Français, facilement manipulable sur le sujet puisqu’ils sont des gens de goûts, et que le burger fait exploser les saveurs dans la bouche de manière instantanée.

Le burger, c’est le Victor Hugo, le Wagner de l’alimentation. L’équivalent du blockbuster. Comme Victor Hugo avec ses phrases, comme Wagner avec ses leitmotiv, comme le blockbuster avec son viol d’images brutales, le hamburger s’empare de vos papilles comme un vague puissante découpe le sable où elle s’échoue. Accompagné de son fidèle compère, le Soda, il agrippe votre système gustatif.

Le burger nous fait envie, comme la grosseur et l’arrondi d’un pubis féminin, le molletonnée de la chose dont on devine la grande facilité à jouir et provoquer plaisir.

Quand nous mordons dans le burger si tentateur, c’est comme si nous faisions une sorte de cunnilingus.

Le burger est donc emblématique des Etats-Unis de ce point de vue, si on considère là-bas le culte de la femme pornographié par les séries, dont l’obligation de paraître sexy à tout prix a provoqué  tous un tas de représentations culturelles, de la série adolescente où la jeune fille est maquillée à outrance et déjà habillée de manière engageante aux industries pornos de plus en plus délurées.

Inviter une fille dans un fast-food proposant des burgers, c’est symboliquement, donc, lui signifier qu’on a envie d’elle.

Le fast-food représente l’envie immédiate de jouir par la bouche, la langue. Les goûts doivent être lourds, prononcés, peu subtils, épicés.

Il faut recommander le livre de Julien Piquart sur la nature de notre sexualité pour aller plus au fond de la question (« Notre désir cannibale »).

De plus en plus de restaurants proposent des burgers, si bien que même les pizzas, autres grands plaisirs bucco-sensuelles, sont maintenant un peu reléguées, malgré la résistance naturelle de la gastronomie italienne, dont les saveurs demeureront inusables et toujours authentiques.

Le burger sera le plat par excellence dans le futur. Il l’est déjà. Il indique une société qui va vers son plaisir aussi franchement qu’elle le peut, ne s’embarrassant plus de subterfuges. La société de consommation, hédoniste, reste une valeur sûre en Occident.

Si, désormais, des extraterrestres débarquaient, s’ils nous demandaient le plat typique dans nos contrées, alors nous lui offririons le Saint Burger. L’extraterrestre, certainement habitué à une alimentation de type moléculaire, verrait ses papilles partir en vrilles. Le poids de la jouissance qu’il ressentirait le ferait accepter n’importe laquelles de nos demandes – et il répondrait aux questions sur le nature de sa planète et de son système galactique de manière d’autant plus aisée qu’il aurait goûté pour la première fois de sa vie une drogue alimentaire d’une qualité terrestre dont il ne se doutait point lorsqu’il aperçut dans son puissant télescope cette petite planète bleue accompagnée d’une triste lune gravitant autour d’elle comme un gros caillou pierreux.

En parlant de Saint Burger, à l’avenir, émergerons certainement des communautés de manducation du Burger fondé sur une religion de type New Age ou déviante. Ce dernier sera adoré comme le plat, l’objet alimentaire qui aura révélé enfin le plaisir au monde. On adorera McDonalds comme un saint.

Quant aux Historiens marxistes, ils diront : « Le Burger, en ces temps reculées, était l’aliment du capitalisme américain à son stade de consummation la plus brutale ». Ces historiens iraient manger tous les midis dans des restaurants très originaux, où c’est la patate qui serait honoré, car ils ont besoin de ce lourd aliment pour avoir l’énergie nécessaire de bâtir leurs livres de 1000 pages sur la « Civilisation du 21ème siècle » où un burger trônerait sur la couverture en guise de représentation photographique emblématique de ce siècle singulier.

Les historiens libéraux diront, au contraire : « Le burger fût un magnifique accélérateur de civilisation. Ils permettaient aux travailleurs de se restaurer très vite et pour peu cher. Certes, il a fait augmenter l’obésité. Mais en faisant augmenter l’obésité, il a favorisé l’économie des salles de sports et favorisait une culture où la santé est primordiale, en notre âge actuel où l’alimentation est entièrement biologique et green, prélevés sur des champs entièrement fonctionnels et rentables ».

Les Réactionnaires fustigeraient l’abaissement des masses à ce culte du burger, comparable au culte du Veau d’Or. Ces derniers regretteraient une époque où la gastronomie était populaire et bonne, où la paysannerie produisait avec le sillonnage et le sarclage des champs, une agriculture saine, une agriculture saine pour des corps sains. Ils remonteraient très loin dans les siècles pour montrer l’admirable culture des champs, bien qu’eux-mêmes n’y aient jamais été, et se contentent de jardiner un peu dans leurs villas de Normandie. Ils n’oublieraient, certes pas, l’importance des croyances religieuses pour la perpétuation d’un peuple et d’une civilisation, croyance religieuse que le matérialisme concret du Burger aurait mis à mal, empêchant par son addiction de faire naître des sentiments religieux, et de la common decency propre à favoriser l’éducation des peuples.

burger

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