A propos des œuvres de Juvénal, Pétrone, Apulée. Réflexion sur une société devenue pornographique.

Les oeuvres, si géniales, si amusantes et grinçantes de Juvénal, Pétrone, Apulée, ce sont comme les poubelles marbrées et verdissantes de l’Antiquité.

C’est le paganisme gréco-romain dans son stade le plus fou, le plus vénéneux, le plus sale, le plus désagrégé, le plus pornographique et sensuel. Les personnages de ces trois oeuvres, les Satires, le Satyricon et l’Ane d’Or sont ballotés dans tous les sens, soumis à milles péripéties cocasses, sarcastiques, cruels et drôles à la fois.

C’est le Ventre Latin, fécond, putride et odoriférant à la fois, comme Zola, plus tard, fera, dans le même état d’esprit, son Ventre de Paris.

Les gens de l’époque n’avaient aucune barrière. 

Aujourd’hui, nous revenons à cela : la société devient traversé de folie, comme en ce temps. Les barrières se brisent. Qu’adviendra-t-il de ce mélange ?

C’est là une question intéressante. Celle de la pornographie, d’une société qui bascule dans la pornographie. 

1) D’une part, c’est le signe d’une fécondité. Sous le couvert de l’envie sexuelle, c’est l’idée de fécondité qui est derrière. Ce qui excite les hommes, c’est l’idée de donner quelque chose à une femme : le sperme, c’est-à-dire in fine l’idée de féconder une femme. Exemple : ceux qui ne baisent pas dans l’idée d’avoir un enfant finissent forcément leur acte par une fellation, cela signifie que l’idée de fécondation reste présente (dans ce cas-là, elle se transforme en oralité). C’est la fondation, la base, l’idée centrale du sexe… Celui qui a une envie sexuelle, désire « féconder » l’autre. Personne ne le dit clairement, mais c’est ce qui « gonfle » notre désir. Bander mou, c’est perdre cette idée-là, ce ressort, soit parce que la fille ne nous plaît pas, soit parce qu’elle ne nous a pas montré assez d’amour, soit… pour pleins d’autres raisons encore.

2) Anti-thèse : la pornographie est aussi le signe que l’idée de séduction et de résistance toujours plus accrue à cette séduction, et enfin, d’abandon (tout le processus de l’amour et de la séduction), s’est perdue. 

Cela signifie que le corps n’est plus fermé, il est mis en évidence. Mais aussi, que l’on ne supporte pas d’être bloqué dans son ardeur. 

Dangereuse pulsion. Pourquoi ? Parce que c’est ce qui est le signe même du violeur. Le violeur est soumis à une trop forte idée sexuelle, mélangée à une idée d’agression physique typique des gens violents. La pornographie ressemble étrangement à cette idée. On doit baiser tout de suite, ne pas attendre, ne pas faire « durer le plaisir ».

La pornographie signifie que tout le plaisir de faire « durer le plaisir » s’est perdue. Or cette caractéristique était le signe d’une façon de respecter l’amour, d’en profiter le plus longtemps possible, d’en savourer la moindre des secondes, et donc ? Donc, en un sens, de rester fidèle, de rester fidèle à cette femme avec qui on a longtemps lutté pour parvenir à la séduire, de rester fidèle à une femme ou un homme (dans le cas féminin) qui a pris en compte toute votre personnalité, les moindres aspects. Etc.

Donc, la pornographie est le signe même d’une société où l’infidélité est devenue une règle. On peut dire que c’est un des signes d’une société infidèle. « Je te baise, mais je peux passer à une autre en une journée, ça n’a plus d’importance. Tu n’es qu’un corps, et je peux passer à un autre corps ». Il y a d’ailleurs une chanson d’Ed Sheeran dont le refrain est : « I’m in love with your body ». Il n’est jamais question de « soul », d’âme, comme dans l’ancienne forme de chanson, on est amoureux du corps, l’âme ne compte plus.

Une société pornographique va à sa ruine.

On en a deux exemples célébrissimes : la société italienne du paganisme romain (la Rome décadente) et la société française du XVIIIème siècle, elle aussi devenue pornographique, ce dont témoigne finalement assez fidèlement les romans de Donatien de Sade, ainsi que les racontards des paysans de l’époque sur les mœurs luxuriantes des nobles.

440px-Thomas_Couture_003

Thomas Couture – La Décadence Romaine (1847)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s