Enfant de la classe moyenne

On parle souvent des enfants de riches, nés « avec une cuillère d’argent dans la bouche » (et un balai dans le cul). Des enfants de prolos, dont on voit les exploits dans les émissions de télé-réalité ou les reportages d’éducation style Pascal le Grand Frère.

Je grossis et me moque ici volontairement pour montrer deux extrêmes. Et parce qu’on oublie de rien dire sur les enfants de la classe moyenne dont je fais partie.

J’en fais tellement partie que l’appartement où j’ai en partie grandi dans une ville de province du Nord Pas-de-Calais était exactement pile entre le quartier arabe/prolos blancs et une rue de grandes propriétés bourgeoises.

Notre maison, forcément louée (la classe moyenne a horreur de la propriété, et si il lui arrive d’avoir une pulsion immobilière, elle frise la crise d’angoisse et préfère acheter un simple appartement qu’elle rénovera sans véritable goût façon Ikéa), jouxtait exactement deux quartiers, l’un pauvre et l’autre riche. Nous étions, géographiquement et ainsi symboliquement, la parfaite réification de la classe moyenne.

Nous allions chez les médecins bourgeois à notre droite (dentiste et médecin), et à notre gauche, dans le jardin, nous jouions avec nos voisins arabes.

La rue portait le nom d’un « illustre » inconnu de la royauté française du temps des Louis du 17 et 18ème siècle. Rétrospectivement, je me dis que cela allait parfaitement. Ce nobliau qui avait eu son heure de gloire et qui a maintenant une petite fiche Wikipédia de quelques lignes était, lui aussi, finalement très « classe moyenne ». Ni grand homme, ni complètement Tiers-Etat.

Ma vie scolaire fût difficile car j’étais assez timide et que j’ai eu très tôt un problème d’élocution (aujourd’hui moins présent).

Ce n’est que récemment que je me suis dit que là encore, cela incarnait la classe moyenne. Et que mes copains de l’époque était aussi finalement de cette classe, sans que je m’en rende parfaitement compte à l’époque.

A l’école, je n’étais ni excellent ni mauvais, mais on disait de moi : « il a de fortes capacités mais ne les exploite pas ». Classique. Sous-titres : « Classe moyenne voulant accéder au statut supérieur », « bonne génétique a priori, mais manque encore un peu de sang bleu et de quelques points de QI ».

Théorie : nous, enfants des middle-class, nous vivions et vivons encore dans une sorte d’entre-deux qui nous écrase, qui nous pressure chaque jour. Rien de tragique là-dedans, bien sûr, ne jouons pas les victimes de bacs à sable, mais quiconque se reconnaît dans cette classe et s’identifie en tant que tel comprendra ce que je veux dire, même vaguement…

Nous sommes des personnalités hésitantes, bien que notre apparence ne le donne pas voir à priori. Sur ce plan, nous trompons beaucoup de monde ! Là-dessus, l’horoscope ni la signification des signes astrologiques de naissance ne nous déterminent complètement. Nous avons choisi des boulots de gens moyens, des boulots à moyenne responsabilité ou alors des jobs indépendants. Nous aimons les belles choses, sans pour autant jouir complètement avec tous nos sens en éveil (seulement de trop rares fois) comme quand le prolo jouit de son barbecue entre potes ou que le bourgeois jouit profondément de Glenn Gould en buvant un whisky écossais.

D’ailleurs, nous ne comprenons pas le goût de certains pour la musique classique, ni pour les musiques trop populaires. Au fond, notre musique, c’est le jazz. Rock et rap, trop de bruits, trop « primaire ». La musique classique, trop pomponnée et mathématique, plaisir de fins intrigants. Le jazz, parfait ! Il y a du rythme comme dans le rock et c’est assez technique pour satisfaire notre besoin minimal de qualité.

Le gars de la classe moyenne, c’est un « gars sympa ». Il est le mec qui dit tout le temps « oui » dans une bande de potes. Les filles le remarquent à peine, mais le trouvent à priori sympa. En le regardant de plus près, elles le trouvent plutôt beau, mais elles ne l’avaient pas remarqué de prime abord, distraites qu’elles sont par les beautés masculines plus saillantes.

Le gars de la classe moyenne, c’est un gars sympa parce que tous ses efforts sont faits pour qu’il paraisse sympa. N’ayant ni la force d’être sans émotion et volontaire-froid comme le bourgeois intrigant, ni la vitalité du jeune prolo rutilant (je grossis les traits à dessein), le gars de la classe moyenne n’a souvent que comme ultime ressource sa « sympa-attitude », sa positivité tranquille, plan-plan. Avant même de s’être fait un avis sur quelqu’un, il lui trouvera des qualités et essaiera de lui donner la meilleure impression.

En fait, le gars classique des classes moyennes est un individu vide, dont Edward Norton dans Fight Club est un parfait exemple.

Le jeune de la middle-class française fait certainement partie de ces gens galérant des 18-35 ans français, dont on répète aussi à l’envie qu’ils ont des « capacités » mais qu’ils ne les « exploitent pas », comme à l’époque scolaire.

Ainsi, le jeune de classe moyenne devient, contrairement à ses parents, un déclassé. Et tend insensiblement vers la classe prolétaire, sans pour autant y choir complètement car il lui reste ce « grain », ce petit côté sophistiqué et minimalement esthétique qui le pousse à vouloir la grande vie, et les grands sentiments passionnées à l’instar du parvenu et du riche beau gosse start-upper macronien.

Et, pour mettre en forme son bouillon permanent et chaotique d’idées de dilettante et de demi-fainéant, bouillon qui n’aboutira jamais à quoi que ce soit de réel et de rémunéré, il écrit un blog, dont vous êtes en train de lire un article.

😉

middle-class

 

4 commentaires

  1. Moi qui croyait dur comme fer que toutes les rues, avenues, boulevards, des communes du Noooooooooooord (hauts-de-France) portaient le nom d’un « illustre » héros des antagonismes de classes à la française, du temps des Jules Guesde, Léon Blum, Jean Jaurès….
    Encore un cliché qui tombe !

    « A working class hero is something to be » chantait John Lennon.

    Aimé par 2 personnes

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