Réflexions éparses sur le carnivorisme chez l’homme

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Il y a une étrange ivresse de la chair, et presque du sang (et des cellules) lorsqu’on mord dans un steak fin et saignant, dont la texture est molle et le dedans peu voire pas cuit du tout, baigné d’huile, et cuit rapidement…

On peut dire qu’il y a chez l’homme amour de la chair de l’animal, comme chair elle-même, cuite ou non cuite (steak tartare), toute crue et faiblissante. Le carnivorisme n’est pas cruauté, il est amour, désir de la chair.

L’ivresse du carnivore qui est en l’homme, donc de l’animal sauvage qui est en lui, tel le lion laissant le sang coulée de sa bouche rassasiée. La sauvagerie humaine est réelle chez l’homme, une conception trop bourgeoise le masque.

Ivresse de l’animal-homme, qui est à la fois frugivore comme un animal doux et calme, et carnivore tels les bêtes sauvages.

Dualité de l’homme qui tend vers la douceur comme vers la sauvagerie, les deux se mêlant en lui comme deux pulsions opposées mais complémentaires.

Et mystère de la sauvagerie carnivore, soit la chair mangeant une autre chair. La chair de l’homme s’assimilant une autre chair, animale celle-là, comme faisant partie d’elle-même, mais amoureuse de cette viande.

Quelle est la mystérieuse généalogie de ce carnivorisme chez l’homme (dont les vegans souffrent par moments, mais il faut les respecter car ils se tiennent fermement à un régime, et une forme d’ascétisme tels qu’ils le pratiquent peut mener à une certaine joie de vivre et à un corps plus fin et élancée donc plus sujet à ressentir réellement la Faim et la Soif, comme cela nous tenait au corps lorsque nous étions enfant et adolescent et que nos corps étaient encore fins et bien réglés) ? Quel est l’homme qui, un jour, coupa la tête d’un poulet, le dépluma et fît cuire sa chair ?

Nous sommes d’accord avec les défenseurs de la libération animale. Il serait formidable de voir une surabondance d’espèces animales croître partout sur la planète, tels que dans l’ancien temps (Antiquité et encore Moyen-Age).

Dans le même temps, cette surabondance amènerait son contraire, le désir de chasser, et de limiter ce trop-plein.

Et on sait qu’un trop-plein de la Nature (les Animaux étant des émanations de la Nature, à l’évidence), donc de la sensualité inhérente à la Nature, amène les religions de type païennes. Et ces religions n’étaient pas avares, c’est le moins qu’on puisse dire, en sacrifices d’animaux sur des autels et en festins magnifiques où quantité de chairs animales sont ingérés.

Si l’on voulait repérer des signes, nous nous dirigeons vers cela. Les Etats-Unis, avec leur matérialisme alimentaire, fait de viandes, de burgers, etc, ont ouvert la voie à une consommation effrénée ; désormais, chaque restaurant a son burger. Nous pouvons relier cela à la pornographie et à la facilité sexuelle des Américains qui ne s’embarrassent de rien – même excès des deux côtés, excès de bouche comme excès de sexualité.

Ce que l’on nomme la « junk food » témoigne avant tout d’un rapport plus ardent, moins limité, pulsionnel et abrasif, vis-à-vis de la nourriture, donc du désir. Car la nourriture est évidemment relié au désir sexuel.

L’on dit d’une femme « j’ai faim de toi », « tu es craquante », etc.

De même, il nous semble que tout mâle en a fait l’expérience. Après un repas bien copieux, le désir sexuel est décuplé, on se plein, plein de santé.

***

Carnivorisme & dionysisme

Le carnivorisme, que j’assimile plus haut à une forme de sauvagerie, est une part du culte dionysiaque (que Nietzsche n’avait peut-être pas perçu aussi clairement). En effet, la chair de Dionysos est littéralement dépecé. Et les Ménades se défoulent, en cortège, sur tout ceux qui passent à travers leur chemin en les agressant et mangeant leur chair crue. Symboliquement, Dionysos est la part sauvage de l’homme, ces instincts « tropicaux », sanguins. Le carnivorisme est ce culte-là.

Pourquoi, dans le mythe, ce sont les femmes qui mangent de la chair crue avec cette assiduité et ce carnivorisme sauvage ? Et pourquoi pas les hommes ? Le mythe ne voulait-il pas nous dire, peut-être, que les femmes sont bien plus sauvages que les hommes, et qu’elles tendent vers une vraie sauvagerie lorsqu’elles sont déchaînées sur le plan carnivore, cannibale, donc aussi sexuelle ? 

Ces réflexions erratiques ne seraient rien sans le livre lumineux de Julien Picquart, « Notre désir cannibale », disponible sur Amazon.fr et qui aborde en profondeur la nature du désir sexuelle chez l’humain.

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2 commentaires

    • Merci pour cette précision, preuve qu’il y a bien une relation entre carnivorisme, part sauvage de l’homme et culte bachique, en effet. Étonnant que Nietzsche développe peu cet aspect-là du culte bachique, lui qui est prolixe sur le sujet…

      En supplément, il y aurait beaucoup à dire aussi sur quantité de mythes & légendes, notamment le loup-garou, soit un homme se transformant en loup en période de pleine lune et dévorant ce qui lui passe sous le nez. Gargantua, Barbe-Bleu, les ogres, il y a là des choses frappantes.

      Ce que je voulais essayer de faire transparaître dans ce texte, c’est que l’on semble dire communément que nous sommes des êtres humains tout à fait normaux et civilisés, alors que le fait que nous mangeons de la viande, rien que cela, est une preuve qu’il y a de l’animal dans l’homme. Ainsi, ceux qui tentent de domestiquer l’homme, en disciplinant exagérément ces pulsions, à quoi cela mène ? « Qui fait l’ange fait la bête », disait Pascal.

      Autrement, le très bon texte de Julien Picquart fût une révélation sur les rapports évidents, que suggéraient déjà Freud mais timidement, entre pulsion/désir en matière de nourriture et pulsions/désirs sexuels, ces deux phénomènes étant frappant dans le culte dionysiaque. Les tendances contemporaines en matière de « junk food » le confirment, et l’accentuent, ce culture alimentaire n’étant pas un effet de mode ni un pur hasard.

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