En défense de Michel Houellebecq

Michel Houellebecq

Il se trouve plusieurs critiques à droite comme à gauche qui reprochent énormément de choses à Michel Houellebecq.

A gauche, on dit qu’il est un « décadent », qu’il donne une vision noire de la société, qu’il est islamophobe, raciste, etc. En somme, les critiques habituelles de la moraline de gauche.

A droite, on dit également qu’il est un « décadent », qu’il n’a pas de style, qu’il se complaît dans une vision volontairement noire de l’homme occidentale blanc, qu’il n’est pas un « grand écrivain ».

Pourquoi faut-il défendre Houellebecq face à ses critiques ?

Michel Houellebecq est un des rares écrivains actuels à être complètement libre dans sa manière de concevoir une œuvre.

La critique disant qu’il n’est pas cultivé est fausse. Houellebecq, dans la plupart de ses écrits, met des références à de grands écrivains, d’Auguste Comte à Schopenhauer en passant par Joris-Karl Huysmans. Houellebecq est tout, sauf un écrivain qui n’a pas de vision du monde ; au contraire, il possède une vraie intelligence, comme on le perçoit dans ses œuvres de critique littéraire et possède bien une vision du monde, une « Weltanschauung » , ce qui est le propre d’un écrivain, se distinguant par là des écrivains à succès bas de gamme, uniquement là pour écrire des romans à intrigue ou des romans politiquement correct.

Sa manière d’écrire un roman est bien plus fine qu’on ne le dit : l’apparente désinvolture ou négligence du style est voulue par Houellebecq, car elle reflète à merveille l’époque. D’autre part, le vrai Houellebecq affleure sous le style par sa férocité, son cynisme, ses envolées critiques et théoriques. Il rappelle des grands satiristes comme l’écrivain romain Juvénal. Derrière le style faussement soupe-au-lait qui n’est qu’une apparence, il faut distinguer la critique sous-jacente. De plus, le chapitrage de ses romans est toujours bien pensé, bien agencé, logique car suivant bien la narration ; bref, on ne peut pas dire qu’il néglige la cohérence du récit. Les romans de Houellebecq sont toujours bien ficelés, entraînants, et sa description de l’homme moyen occidental parfaitement affûtée.

On peut lire, pour se donner une véritable idée de l’écrivain, ses poèmes qui démontrent un esprit supérieur, très cultivé, capable d’écrire des choses non seulement fortes, mais vraies.

Houellebecq s’inspire aussi nettement de Breat Easton Ellis, et il le fait plutôt bien, donnant une version française du mode de pensée du grand écrivain américain.

Sa décadence, son visage décrépi, son apparence décatie ne peuvent pas cacher son esprit supérieur, sa réflexion juste sur l’Occident. Mais encore, on ne le verra jamais s’énerver : il a toujours une expression orale humble, calme, posée, excessivement timide certes, mais où il prend le temps de la réflexion, tout au contraire des écrivains commerciaux dont le plan de carrière et le marketing sont parfaitement huilés.

Il y aussi un style qui se rapproche, par son économie, des romans policiers classique, ainsi qu’une manière tout à fait originale d’émettre des théories (par exemple dans le fameux Extension du domaine de la lutte, qui donne une vision économique en rapport avec la science assez inédite).

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Les critiques de droite qui osent, de leur point de vue, reprocher à Houellebecq sa description complaisante de l’homme occidental sont peu avisés, puisque c’est le rôle de la droite de le faire, et de toute façon, les essayistes de droite s’en chargent à merveille. Houellebecq ne fait que décrire sans morale cette situation, ce sur quoi ces critiques se braquent puisqu’ils s’attendent à une note d’espoir, mais ce n’est pas le rôle d’un écrivain, donc Houellebecq correspond bien à son métier.

D’autre part, les descriptions père / fils ou sentimentales chez Houellebecq rappelle qu’il n’est pas un écrivain sans cœur, et qu’il sait décrire à merveille les sentiments humains, même les plus simples, rappelant là souvent le style dépouillé et nu d’un Albert Camus. Houellebecq, en effet, dans la lignée du plus célèbre écrivain de l’Algérie alors française, déroule dans ses romans ce qu’avaient déjà entrepris de décrire Camus dans L’ Etranger, ou La Chute, c’est-à-dire cette lente corrosion, cette perte des valeurs morales et vitales qui touchent l’homme occidental, Houellebecq le faisant d’un point de vue actuel et post-moderne.

En outre, Houllebecq est un écrivain authentiquement français qui décrit la province, les villes, qui n’omet pas des références aux meilleurs alcools par exemple. Il est un connaisseur, et on ne peut pas dire qu’il manque d’expérience.

Il a trouvé un genre tout à fait original d’écrire des romans, et il nous semble qu’il est bien au-dessus des critiques qu’on lui adresse, de part sa faculté à toucher juste sur l’époque, ou à prévoir des crises (comme dans son roman Soumission, où tout ce qu’il a décrit peut se vérifier actuellement).

Qui, d’ailleurs, aujourd’hui, produit des romans de mœurs aussi addictifs et drôles que Houellebecq ? Personne, à vrai dire ; la plupart se contentant de copier le maître actuel en la matière.

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