Le protestantisme : un anti-christianisme dans les faits ?

Le protestantisme part du principe de la prédestination des âmes. Si vous réussissez, vous êtes certain d’être élu de Dieu. En revanche, le fait d’être un moins-que-rien sur Terre est la preuve que vous n’êtes pas élu pour le Paradis.

Cette doctrine, innocente en apparence, et qui pourrait s’insérer dans une forme de théologie, est en revanche quand on l’examine bien, un anti-christianisme radical qui ne garde du christianisme que des oripeaux.

Le christianisme primitif et le catholicisme mettent un fort accent sur les pauvres. « Les derniers seront les premiers », « Le royaume des Cieux est promis aux humbles », etc.

Or cette doctrine de la prédestination des âmes dans la vie terrestre vient radicalement remettre en cause cette préférence de Dieu pour les humbles, les pêcheurs, les parias.

Pour réussir sur Terre, il faut une certaine volonté mais aussi dominer une certaine population qui seront vos serviteurs ou à qui vous déléguerez votre force. L’ascension dans une société vous amène à vous mouiller avec elle, et à n’être plus innocent. Réussir est fait de promissions ; il vous faut souvent être dénué de scrupules pour faire une forte ascension dans la société.

De fait, Max Weber a vu dans le protestantisme le meilleur carburant du capitalisme naissant dans son livre L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme.

Or quoi de plus éloigné des doctrines chrétiennes, de la sainteté primitive d’un Saint-François d’Assise, un des plus grands saints représentatifs du catholicisme et de la vision chrétienne de l’humilité et d’un certain pastoralisme idyllique du catholicisme ?

Les protestants, eux, mettent en avant le fait de travailler incessamment, la paresse étant un péché majeure pour cette doctrine tandis que le catholicisme a toujours eu une vision certes ancrée dans les 7 péchés capitaux, mais en faveur d’une vision latine du monde, propre aux pays latins, où les plaisirs simples et innocents font partie de la vie.

Ainsi, s’oppose deux visions lors de la Renaissance italienne. Des prélats catholiques qui allient plaisir intellectuel et charnel dans une version assez païenne, inspirée de l’Antiquité, et catholicisme intransigeant, foi dévote. Dans le même temps, la Réforme de Luther provoque un schisme d’où naît le protestantisme puritain et qui va favoriser le capitalisme.

Nietzsche critiquait fortement la Réforme d’avoir fait échouer la Renaissance et le retour aux formes antiques, à la « grande santé » antique.

Ne peut-on pas dire aujourd’hui que cette vision est fausse au vu des résultats ?

Le capitalisme, favorisé par le protestantisme et son acharnement au travail, a amené une société d’abondance où tous les plaisirs sont possibles et où la sévérité chrétienne n’est plus de mise. Les grands financiers nés dans des sociétés protestantes où l’éthique du travail est radicale sont les nouveaux Renaissants de notre monde.

Tandis que le catholicisme a gardé un côté socialiste ancré dans le christianisme primitif, avec une acceptation relativiste du Bien et du Mal qui est en chacun de nous. Le puritanisme protestant est lui radicalement contre cette vision et propose un dualisme radical entre Bien et Mal, le Mal est à expulser tandis que le Bien doit être absolument favorisé.

Mais, au final, c’est bien le protestantisme qui a favorisé tous les vices que notre société connaît en développant une éthique du travail radical, amenant un capitalisme et une société de consommation débridée, et où les « humbles » ne sont pas favorisés mais rejetés radicalement comme des « losers » (les « perdants de la mondialisation » dit-on aujourd’hui).

La doctrine de la prédestination apparaît finalement comme une version précurseur d’une certaine forme de darwinisme social où les forts sont les élus et les faibles les parias absolus, destinés à l’enfer.

Le protestantisme, que certains anti-chrétiens estimaient être une malencontreuse nouvelle version du christianisme dans une société qui tendait à s’en émanciper, apparaît comme un anti-christianisme favorisant une société marchande et dure au travail où les vices participent au fonctionnement de la société (dans la vision d’un Bernard de Mandeville et de sa Fable des Abeilles) contrairement à la vision idyllique et relativiste du catholicisme où une vision de la société plutôt paysanne et traditionnelle est préférée instinctivement, et où chaque homme est un pécheur qui a le droit à une rémission de ses péchés, favorisant ainsi une société modérée, plus lente, plus sage, à l’encontre de la frénésie capitalistique protestante qui apparaît, en creux, contradictoire avec l’idée chrétienne puisque le puritanisme extrême favorise en fait tous les vices tandis que l’excès de travail amène une société épuisée, sur les nerfs.

Tout cela est finalement bien éloignée du paradis promis du christianisme primitif, de la douceur et humilité que promettait les saints catholiques et leurs imitateurs.

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Jean-François MilletLes Glaneuses (1857)

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